ERKË HELESS
ZË BLØG

Zë BlØg | Archives | Images d'ateliers | Zë Site |CØntact

Avril 08

Le mois d'avril commence sur l'Ile Saint Louis, en stage avec mon futur boss, avec lequel nous apportons la touche finale à un appartement qui sera bientôt loué à prix d'or.

Pour la première fois, je réalise quelque chose pour chez moi, une rembarde visant à protéger l'accès à l'escalier du bercail, mon fiston ayant l'air bien décidé à s'y vautrer.

Plus le temps passe, plus je me sens bien dans ce que je fais, convaincu d'être à ma place. Un sentiment renforcé par mon formateur chez les Compagnons qui fait tout le nécessaire pour que je puisse poursuivre en Brevet Professionnel sans difficultés. Nous serons finalement peut-être trois à poursuivre dans cette direction...

Enfin, j'ai le plaisir de bosser sur ma caisse à outil, totalement réalisée en queues d'aronde, sans clous ni vis, à l'ancienne.

Mars 08

Contrairement au mois précédent, le mars commence difficilement. Fatigué, malade, les premiers jours annoncent un mois douloureux consacré, en cours, à la fabrication des volets de la mairie qui accueille notre centre de formation compagnonnique.

Je ne parviens pas à entrer dans ce boulot, et si nous fonctionnons théoriquement par équipe de deux, l'essentiel de la réalisation repose sur les épaules du pauvre bougre qui bosse avec moi. La question de la poursuite - ou non - de ma formation à l'issue de cette année m'obsède et je n'arrive pas à me départir d'une certaine forme d'inquiétude.

Et, soudainement, au début de la deuxième quinzaine de mars, le moral is back in town. C'est décidé, je poursuivrai ma formation pour obtenir, en deux ans supplémentaires, un Brevet Professionnel, autrement plus qualifiant que le simple CAP.

Je m'active enfin en atelier, après 15 jours de quasi sommeil. Comme si l'appétit revenait. Les volets avancent et ne resteront que les finitions pour notre retour de stage.

Car un nouveau - et avant-dernier - passage en entreprise vient clore le mois. Je retrouve mon précédent - et non moins excellent - patron que j'accompagne dans la fabrication et l'installation d'un stand pour l'exposition Art Paris. Je découvre également les joies du vernis polyuréthane au pistolet et ses conséquences désastreuses sur l'organisme... à long, mais aussi très très court terme. A croire que le masque n'est que folklore.

Février 08

Le mois de février commence bien. Les mains se font, tranquillement, aux efforts longs et fréquents. Les résultats viennent, avec un portillon relativement technique réalisé dans un délais raisonnable et avec des défauts largement acceptables. Mon formateur et satisfait, très satisfait même, me dira-t-il.

Nouveau stage en entreprise, le quatrième. Outre des horaires fabuleux (loin, même, des 35h), le patron est excellent, me conduit dans des appartements magnifiques dans les quartiers parmi les plus beaux de Paris. De longues heures à parler ensemble, j'apprends beaucoup. Peut-être pas sur le plan de la technique pure, mais en théorie. Finalement, il me propose que nous bossions ensemble l'année prochaine, ou de signer un contrat me permettant de poursuivre ma formation pour un diplôme supérieur... la proposition ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, et la réflexion commence.

Janvier 08

Mon stage se passe dans le quartier des gens du bois de Paris, à proximité du boulevard Saint Antoine. L'atelier semble être un décor de cinéma tant il ressemble à l'image que l'on se fait d'un atelier à l'ancienne. Ébéniste et menuisier, j'apprends à sculpter le bois sur du beau, de l'ancien, du précieux. Je travaille sur des chaises signées par un maître du 19è siècle, et c'est le bonheur.

Du coup, le retour en cours n'est pas des plus faciles, et l'ennui me prend. J'ai envie d'en découdre, d'en finir avec les leçons et d'attaquer dans le massif. D'autant qu'une partie de mes petits camarades est à la ramasse et que, en attendant, nous sommes trois à faire de petits travaux sans intérêt dans la ferme qui nous accueille.

Décembre 07

En décembre, le niveau monte, et certains commencent à décrocher légèrement. L'atelier du centre de formation est envahi par de mauvaises vibrations. Les noms d'oiseaux pleuvent et les défections commencent. Les effectifs commencent à se réduire, il y a de l'abandon dans l'air.

Nous réalisons ce que je qualifie de "porte de saloon pour Schtroumpf", puis une fenêtre. De la première pièce à la deuxième, il y a un fossé, mais ce n'est rien comparé à ce qui nous attend.

 

Novembre 07

Le mois de novembre est un peu le mois Makita. En effet, à l'issue de mon deuxième stage, le menuisier avec lequel j'ai bossé m'offre un magnifique coffret incluant une perceuse/visseuse, un visseuse à choc et une lampe torche/radio. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. J'adore cette marque, c'est comme ça. Du logo à l'esthétique des outils.

En cours, je découvre la facilité déconcertante des Mathématiques, matière maudite pendant tant d'année et soudainement si concrète. Que de temps perdu, que de portes fermées.

Novembre, c'est le mois du Batimat, le salon internation du bâtiment, à Paris. Cette fois-ci, son thème central était le Développement Durable, Grenelle de l'Environnement oblique. Comme le Grenelle, le Développement Durable au Batimat n'était qu'une vaste escroquerie, tant l'espace accordé à la chose était proprement ridicule.

Octobre 07

On passe aux choses sérieuses. Le 1er, c'est la découverte de la queue d'aronde, les copeaux jaillissent de toutes parts, et ce qui n'est - avec du recul - qu'une base semble être extraordinaire. L'impression de faire de la sculpture sur bois alors que, franchement, nous en sommes très loin. N'empêche, c'est l'extase.

Les mains commencent à souffrir, déjà. Et elles ont encore de la route à faire. Je réalise qu'elles vont changer en même temps que moi.

Mais la sensation de prendre de l'assurance est déjà là, de plus en plus présente. Et puis, il y a le dessin.Un temps précieux de concentration, de silence, de calme,sous lespoutres de cette ferme napoléonnienne qui accueille notre centre de formation.

Octobre, c'est encore le mois du premier stage en entreprise. Un stage pendant lequel je réalise à quel point se trimbaler en bleu de travail dans les rues et les commerces parisiens revient à s'attirer à la pelle des regards imbibés de mépris. Misère.

Je passe bonne part de ce premier stage à restaurer un vieux parquet du 19è siècle. Sueur et maux de dos sont au rendez-vous, en même temps qu'un petit bouton de nacre bleu.J'imagine son histoire en même temps que je travaille. Combien d'événement pour que

je sois celui qui le découvre?

Et puis, octobre, c'est aussi le mois où je découvre que les noeuds du bois sont des départs de branche. Le saviez-vous? Avant cette date, moi pas.

Enfin, nos premiers pas sur les machines sont faits. Personne n'est vraiment rassuré, mais c'est un passage obligé et, bientôt, un plaisir.

Septembre 07

Septembre, c'est le mois de la rentrée, pour moi comme pour des millions de bambins plus ou moins jeunes. Pour la première fois depuis longtemps, les reportages sur la ruée des fournitures scolaires me concerne. Drôle de sensation, particulièrement au soir du 23, alors que je prépare nerveusement mon cartable. J'esquisse un sourire amusé, malgré ce noeud dans le ventre que je retrouve soudain, comme on se souvient d'une odeur d'antan, du goût de quelque chose de lointain.

Cette sensation d'être déguisé quand, ayant enfilé son bleu de travail, on sort du vestiaire pour rejoindre les autres dans l'atelier. Tout le monde s'observe, l'air enjoué, comme si tout n'était qu'une blague. Mais c'est bien vrai. La réalité est bien là. Nous sommes en plein dedans.

Et puis, donc, la découverte de l'atelier, moment tant attendu, objet de bien des fantasmes. Cet instant inoubliable où l'on découvre la caisse à outils qui nous accompagnera pendant ces mois de formation. Les ciseaux à bois, le trusquin, le maillet, la fausse équerre, la pointe à tracer... autant d'instrument que nous maîtriserons bientôt mais qui, pour l'instant, sont presque un mystère.

Designed & created by Erkë Heless